Cessons de raisonner « grosses boites » : il faut prioriser les TPE, PME et PMI. Pas de compromis avec le capitalisme financier

Contribution collective de : AM Debatisse (PS3), E.Husson (PS3), C. Levine (PR/PS1) et I.Malberti (PR/PS1) initiée par le Pacte Rénovateur Paris 3e
Méthode : réunion préparée par BM Lardy (PR/PS3), animée et synthétisée par Christiane Gilon (DA/PS3) à partir d’un récapitulatif des positions déjà prises par Ségolène Royal sur la même question. Examen des idées avancées et débat. Sommes-nous d’accord avec ce qu’elle dit ? Avec la façon dont elle l’exprime ? Sommes nous d’accord avec la question 4 ?

Question 4 : pour certaines, l’idée de COMPROMIS est gênante : « le mot est inopportun ». Il n’y aura pas de compromis avec le capitalisme financier : « faire un compromis = se faire gruger ». Il faut parler de responsabilités des patrons et de résultats en termes d’emplois autant que de résultats financiers. Par ailleurs : l’emploi salarié n’est pas la seule forme d’emploi. Il faut cesser de raisonner « grosses boîtes » et prioriser les TPE, PME et PMI.

Sur le thème « inventons de nouvelles sécurités », il y a accord unanime. Oui c’est vrai, le vieux compromis fordien est mort, et rien n’est venu le remplacer, aucune nouvelle donne. D’où un déséquilibre ravageur entre Capital et Travail. Alors que la sécurité est justement la condition de la prise de risque, comme l’affirme SR. Investir massivement dans les ressources humaines : oui, d’accord également, bien sûr.

Pour autant, l’ensemble des participants ne partage forcément l’engouement de SR pour le modèle nordique. Il est gênant « de dire qu’on plaque ce modèle », qui est un modèle social politique culturel et sociétal complet, partant d’autres données de base que les nôtres. Certaines pensent que, transposé en France, cela donnera inexorablement l’avantage au Capital avec plus de flexibilité sans la contrepartie de sécurité : « il y a un risque que tout cela vire carrément au sarkozisme ». Cela pourrait « engager les jeunes vers uniquement ce que veulent les entreprises, sans tenir compte de leurs désirs à eux ». Il existe également un obstacle de fond : nos attitudes citoyennes ne sont pas celles des nordiques. « L’honnêteté citoyenne est très différente dans les pays latins comme le nôtre ». A contrario, pour certaines l’évocation de ce modèle est positive car « elle nous invite à réinteroger le nôtre de façon critique : notre modèle déconnecte totalement les entreprises des demandeurs d’emploi ». Les agences pour l’emploi « administrent le chômage, mais ne travaillent pas l’emploi ! Ils vous casent temporairement pour vous occuper dans une formation voie de garage ».
En conclusion : nous recommandons de ne pas calquer mais inventer !
Aller voir aussi du côté du modèle américain (en particulier le sas qu’ils organisent vers 18 ans, à l’heure des choix définitifs d’orientation professionnelle). Le modèle français repose sur des hiérarchies et des classes sociales, qui empêchent les demandeurs d’emploi et les jeunes d’aller voir là où se manifestent des besoins, dès lors qu’il s’agit de professions sous classées, moins honorables sur notre échelle sociale.

« Plus de croissance et plus d’emplois : c’est cette dynamique vertueuse qu’il faut stimuler » a dit SR. Pour certaines, c’est exact, mais cela apparaît quand même un peu comme « du blabla » « des mots sans consistance réelle » « c’est vague : une politique fine de régulation de la croissance, cela veut dire quoi ? », « revoilà encore les nordiques : les suédois cette fois ». D’autres se déclarent en désaccord avec cette position pro-croissance (« elle raisonne dans le cadre économique institué ») et sont intéressées par les théories de la décroissance. Par ailleurs, SR devrait faire valoir les cas où la France a su anticiper (cas du parc nucléaire, dont elle évite toujours de parler. Sait elle que nous avons 58 tranches nucléaires assurant 85% de la production ?) et les cas où il n’y a eu aucune anticipation alors que la catastrophe est annoncée de longue date (cas de l’après pétrole et des pêcheurs avec leur sur-pêche, leurs ventes à très bas prix et leur non maîtrise de la distribution, leurs problèmes de gazoil ; cas des pénuries alimentaires). SR parle de « favoriser, par une politique industrielle européenne, des champions européens ». Là dessus deux réactions : on l’entend peu SR parler Europe et c’est décevant. Par ailleurs, si ce sont de grands champions, comment garantira-t-elle la diversité des offres ?

Examen des 5 grands principes à respecter et les « 17 mesures pour l’emploi durable » de SR : un contrat à durée indéterminée (une partie du groupe dit non : c’est une vision très fonction publique, comment feront les PME et PMI qui sont le secteur le plus créateur d’emplois ?), investir dans l’avenir (oui), créer les conditions de la démocratie sociale (oui), une expérience professionnelle avec une formation pour les jeunes sans qualification (OK mais si c’est donnant/donnant, si on leur dit aussi de bosser à l’école ! S’ils sont réactifs, et prêts à la mobilité : incitons les jeunes à ne pas négliger leurs études plutôt que de leur payer une formation une fois ces études ratées, même si cela réinterroge par ailleurs l’orientation et la pédagogie dans la formation qui est donnée actuellement et ne convient pas à tous, loin s’en faut. Par ailleurs, SR ne parle que des chômeurs jeunes et sans qualification ! Et les autres ? les super qualifiés ? Les seniors ?); une protection contractuelle des transitions professionnelles (oui) ; des droits attachés à la personne et transférables d’un emploi à un autre (oui) ; sécuriser et accompagner le travail (oui, comment concrètement ?) ; engager une nouvelle donne dans les entreprises (oui).
OK aussi avec les idées données pendant la présidentielle sur l’exploitation de nouveaux gisements d’emploi : économie solidaire, potentiel du micro crédit, environnement.

Propositions complémentaires :
Nous avons examiné le travail très complet de BM. Lardy. Il se divise en deux parties : un constat basé sur son expérience des deux côtés de la barrière : à la fois coté employeur et côté salarié demandeur d’emploi senior. Ce constat est passionnant à découvrir, débattre et partager. Il est réalisé de l’intérieur, c’est un exemple d’expertise citoyenne. Puis nous avons commencé à regarder sa proposition d’une agence des ressources professionnelles d’une part, et son projet de repenser entièrement l’accès à l’emploi, favoriser le passage d’un secteur d’activité à un autre d’autre part. Notre groupe était séduit mais partagé sur « l’idée d’une agence ». Les unes la trouvant « utopique » ou « organisme de plus inopérant si service public » les autres au contraire voyant bien naître demain « de « grandes structures assez belles, correspondant à une région bassin d’emploi, avec dedans des gens des secteurs privés et des publics, expérimentés et seniors, afin de brasser les possibilité d’emploi et dynamiser le marché des offres et demandes d’emploi ».
Pour comprendre de quoi il s’agit, voir sa « contribution » (« Vu de l’intérieur : quelques propositions pour réduire le chômage structurel et donner des ressources aux entreprises ayant le plus fort potentiel d’emplois »

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