Contribution de Christian GARNIER sur le fonctionnement du PS Comité DA 06
contribution Q 10
Contribution individuelle
envoyée par Christian Garnier
Question n° 10 :
Le parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme
et d'engagement citoyen,
ainsi que les réussites
du travail des élus locaux.
Il doit aussi décider efficacement,
avec le sens de la discipline collective.
Quelles nouvelles règles communes
pour y parvenir sereinement ?
Peut-on s'interroger sur le militantisme sans se pencher
sur l'organisation qui en bénéficie ?
Aborder la question du militantisme, ses porteurs, ses formes,.
ne peut pas, à mon sens, se faire indépendamment d'une réflexion
sur le Parti : ses objectifs bien sûr mais aussi sa pratique qui, elle,
découle en bonne part de son organisation, de sa composition et de ses
règles internes.
Je commencerai donc par faire, sur ce point,
non une analyse puisque ce n'est pas le sujet
mais l'énumération d'un certain nombre de dysfonctionnements
sur lesquels le PS devrait fermement agir :
-la professionnalisation croissante qui conduit certains à entrer dans une
'carrière' politique comme on entre dans n'importe quel secteur de la vie
active avec , comme corolaire, la recherche banale de l'avancement
qui prend le pas sur les convictions
et surtout la coupure avec la vraie vie des gens.
Si une certaine dose de pratique professionnelle est nécessaire
pour assurer la continuité de l'action collective
la notion de 'classe' politique est haïssable.
- le poids excessif des classes moyennes supérieures,
blanches et masculines dans les instances de direction nationales,
locales, ainsi que dans le corps des élus
qui conduit au hiatus entre le discours
(le parti des couches populaires)
et la pratique idéologique courante.
Un des apports de notre 'vieux' Karl M. est de nous avoir appris
que le système de pensée de chacun est essentiellement dépendant
de ses propres conditions d'existence.
- la persistance de la notion d'avant-garde qui n'est bien souvent que le
faux-nez du mépris du peuple.
Cette question est d'ailleurs à relier à celle de l'expertise
(l'avis de 'l'expert' en dernier ressort) qui conduit
pareillement à désapproprier les gens des choix de leur propre vie.
Evidemment il existe, et c'est tant mieux, des éclaireurs (ex proche :
Mitterrand-Badinter sur la peine de mort) qui font avancer plus vite les
esprits. Avant-garde et Expertise sont deux visages de la confiscation et
pour le premier c'est le candidat auto-désigné à la succession du dominant.
Si l'on suppose que lutter contre ces dysfonctionnements est une volonté
partagée du Parti alors on est prêt à mesurer les bienfaits d'une nouvelle
pratique militante, extensible et participative.
Dans n'importe quelle organisation collective (syndicats, partis,
associations,.) la militance se construit en cercles concentriques,
-des plus impliqués au centre aux simples soutiens à la périphérie.
Les conditions de leur vie professionnelle, de leurs contraintes familiales
ou simplement le temps nécessaire à d'autres centres d'intérêts
(sport, culture, nature.)
conduit beaucoup à considérer qu'ils ne sont pas en situation d'avoir un
engagement politique actif au delà du bulletin de vote épisodique.
L'élargissement du cercle militant est pourtant le résultat et le témoin
de la vitalité démocratique
et la question mérite largement d'être posée
lors de notre prochain Congrès.
La dernière campagne de notre candidate a montré qu'il était possible de
mobiliser les esprits, de solliciter les idées, d'un peuple de gauche
dépassant la frontière des cotisants au PS.
Cette expérience devrait nous encourager à rechercher
de manière plus durable, au delà des échéances électorales,
l'intelligence collective de larges franges du peuple de gauche
pas forcément enclines à entrer dans le jeu partidaire
mais prêtes à participer à une élaboration collective d'une politique du réel, pourvu qu'elles ne se sentent pas simplement instrumentalisées.
La démocratie participative,
en plus d'un saut qualitatif de la démocratie, représente le moyen le plus
fiable d'ancrer l'action socialiste en phase avec la société civile. La
démocratie participative est l'antidote à la pipolisation de la vie
politique, à la démocratie d'opinion où l'individu isolé donne son avis
après manipulation médiatique de l'idéologie dominante des couches de
population les plus privilégiées. L'idée à creuser serait la mise en place,
à tous les niveaux de notre organisation, de la direction à la section
locale, de cercles de délibération participatifs (avec les syndicalistes,
les associatifs et en général tous ceux et celles qui ne se résignent pas à
l'injustice sociale) qui seraient amenés, dans la durée, à s'exprimer sur
des thèmes précis requérant des choix (de toute nature) et d'en démontrer
l'efficacité.
Une telle ambition ne peut s'envisager qu'avec un renforcement démocratique
du rôle du militant socialiste. Plier ou distribuer des tracts, coller des
affiches, faire la claque en meeting fait partie du travail militant mais
constitue, si on en reste là, un horizon peu enthousiasmant où la base
militante reste cantonnée au rôle de masse de manouvre
pour les écuries des élu(e)s.
L'élaboration de notre 'doctrine' doit être organisée de la base au
sommet, est-ce utopique ?
Une vigueur démocratique et critique, en appuyant et en guidant l'action
de nos élu(e)s (de tous niveaux et même et peut-être surtout lorsqu'ils sont
en position de gouvernance locale ou nationale) devient
un gage irremplaçable de leur légitimité.
Cette même légitimité qui conduit à vouloir qu'une décision prise dans ce
cadre de délibération transparent et démocratique soit respectée sans faille
par ceux dont le mandat est de nous représenter sur la scène publique.
Manifestement l'histoire récente montre que nous devons en plus revoir
nos règles de fonctionnement internes pour atteindre cet objectif.
Personnellement je serais enclin par exemple à remettre en cause la
recherche de la synthèse à tout prix qui ne conduit qu' à embrouiller les
messages et à permettre à chacun d'exprimer publiquement sans vergogne
des idées différentes des décisions politiques majoritaires.
Une organisation de la direction du Parti telle que
sa communication extérieure ne soit pas inaudible est nécessaire.
Ce point mérite de plus longs développements et surtout
une grande délibération interne.
Amicalement
Christian Garnier
par presencesud publié dans : contributions presencesud
ajouter un commentaire recommander
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires