Contribution Collective Grand Nord Avenir (hors 10 questions) - "Age 2008" avait été sollicité auprès de JMC-C par JP Mignard

Annexe 4 à la synthèse générale de la contribution collective Grand Nord Avenir
Que tous les âges de la vie soient au cœur des choix de la société !

Contribution sollicitée par Jean-Pierre Mignard (réunion d’Arras le 26 avril 2008)
Auteur : Jean-Michel Caudron-Callewaert, Rouen Agglo et Bruxelles

Changeons notre regard sur la vieillesse, laissons de côté un discours catastrophiste qui assimile les vieux à des personnes fragiles qui sont autant de charges pour la société, à des poids morts pour lesquels il faut s’apprêter à faire toujours plus de sacrifice (par exemple, en perdant des jours fériés) et à se serrer la ceinture. Le choc ressenti par tous du fait des conséquences de la canicule de l’été 2003 doit fédérer les énergies et non renforcer les craintes !

En effet, répondre, avec une approche appropriée, aux besoins actuels de la population, sans, pour autant, oblitérer les capacités des générations futures à répondre aux leurs (développement durable), semble être de notre responsabilité collective, dans la lignée des orientations du Conseil européen de Göteborg (mai 2001) et en respect de l’objectif d’alliance entre les âges décidé lors des Conférences mondiales de Madrid (avril 2002) et paneuropéenne de Berlin (septembre 2002) sur le Vieillissement.

Agir maintenant, c’est œuvrer pour la qualité du cadre de vie des retraités les plus âgés d’aujourd’hui (ceux qui ont reconstruit le pays après la seconde guerre mondiale) et de demain, mais c’est aussi changer notre perception du vieillissement : non, la vieillesse n’est pas une maladie !

Agir maintenant, c'est construire l'ensemble des politiques publiques et pas seulement celles du champ sanitaire et social avec l'ensemble des citoyens. C'est en favorisant l'expression et la prise de parole de tous que le vieillissement, l’allongement de la vie, s'intègreront dans le paysage des projets économiques, d'urbanisme, d'éducation, d'emploi, de santé publique, de développement local, etc..

Ceci doit passer tout particulièrement par la prise de conscience que la stigmatisation de la dépendance mène parfois à bafouer les droits fondamentaux de l'homme et de la femme. La prise en compte des situations de handicap doit s'inscrire dans une même dynamique démocratique à tous les âges de la vie.

Agir, maintenant, pour répondre aux besoins non couverts ou émergents, face aux problématiques des vieillesses plurielles, c'est décliner une politique publique centrée sur l'utilité de vivre ensemble, c’est créer des emplois, des emplois qui ne risquent pas d’être délocalisés, c’est créer des nouveaux métiers, c’est participer au développement économique, culturel et social des différents Pays de France.

D’ailleurs, déjà, quels sont, souvent, les plus grands employeurs en milieu rural, sinon la maison de retraite, l’hôpital local (centré d’abord sur le soin et l’accueil de personnes de 60 ans et +), le service d’aide à domicile…

Cinq axes d’actions, à court terme, semblent émerger :

1/ organiser des conférences institutionnelles régulières avec les représentants des personnes aidées et de leur famille au sein des conseils de vie sociale des établissements de retraite et des services d’aide à domicile (puisque cette instance de démocratie participative est rendue obligatoire aussi pour les services d’aide à domicile, de par la loi du 2 janvier 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale), afin d’accompagner les orientations politiques au niveau des vieillesses plurielles et de l’allongement de la vie :

· des communes, des groupements de commune, des CCAS, à côté des Centres Locaux d’Information et de Coordination (CLIC),
· des conseils généraux, à côté des Comités Départementaux des Retraités et Personnes Âgées (CODERPA),
· des conseils régionaux, à côté des Comités Régionaux des Retraités et Personnes Âgées (CORERPA),
· du Gouvernement, à côté du Comité National des Retraités et Personnes Âgées (CNRPA),

2/ renforcer la cohérence des politiques gérontologiques de proximité, tant dans les logiques de coordination gérontologique (Centres Locaux d’Information et de Coordination — CLIC —), que dans la complémentarité avec les dispositifs d’accompagnement des personnes en situation de handicap (Maisons Départementales des Personnes Handicapées) :

· 2.1/ capitaliser l’analyse des schémas gérontologiques départementaux, afin de dégager une image nationale de la réalité de ces projets et d’en induire des orientations au niveau politique gérontologique,
· 2.2/ finir de mailler la France en CLIC, offrant des lieux d'accueil et d'information de proximité pour les retraités et leur famille, avec une cohérence territoriale pour couvrir tout le territoire français,
· 2.3/ organiser localement, au niveau des CLIC, des concertations régulières avec et entre tous les citoyens de tout âge autour des problématiques de l’allongement de la vie et des vieillesses plurielles,
· 2.4/ instaurer une complémentarité entre les CLIC, les assemblées départementales et leur outil consultatif qu'est le CODERPA,
· 2.5/ analyser et capitaliser les expériences des CLIC, tant dans leurs réponses individuelles auprès des personnes aidées que dans leur rôle de développeur gérontologique local, entre autres,
· 2.6/ favoriser la complémentarité entre les CLIC et les Maisons Départementales des Personnes Handicapées,

3/ accroître la qualité et la diversité des prestations proposées auprès des personnes habitant au sein des établissements de retraite, ainsi que le respect de leur citoyenneté et leur accompagnement jusqu’à leur fin de vie, en s’appuyant sur les conseils généraux :

· 3.1/ dénombrer et évaluer le fonctionnement des conseils de vie sociale, en vue d’instaurer des appels à projet pour favoriser l’optimisation de leur fonctionnement, voire leur création,
· 3.2/ abonder au fonctionnement des établissements, pour des postes autour du développement de la vie sociale, de l’accompagnement individualisé de chaque résidant et de sa revalidation, auprès des établissements qui déposeraient des projets institutionnels adéquats, projets qui seraient évalués annuellement,
· 3.3/ capitaliser l’analyse des Projets d’Etablissement, afin de dégager une image nationale de la réalité de ces projets et d’en induire des orientations au niveau politique départementale d’hébergement,
· 3.4/ instituer (en concertation avec les structures représentatives du secteur) un système permettant de tendre vers des normes en personnel, opposable aux conseils généraux, à l’Assurance maladie et aux établissements, en fonction des compétences actuelles et à venir des départements (en laissant l’Assurance maladie continuer à prendre en charge le coût du personnel soignant),
· 3.5/ reprendre à charge des départements les emprunts contractés par les établissements, afin de réduire le coût du prix de journée (hébergement) à charge du résidant et de sa famille, ce qui entraînera des économies pour les conseils généraux pour leur budget Aide sociale,

4/ instaurer une dynamique de soutien aux aidants familiaux :

· 4.1/ diversifier les solutions en terme d’habitat (domiciles collectifs, habitats groupés, béguinages, accueil familial, etc.),
· 4.2/ accroître les moyens consacrés au plan Alzheimer, avec des réponses adaptées en terme d’accueil de jour et d’hébergement temporaire,
· 4.3/ développer, non pas une politique de maintien à domicile à tout prix, mais une politique de « maintien dans la Vie Sociale à domicile », évitant le renforcement du confinement à domicile et luttant contre le sentiment de solitude, grâce à la création d’équipes d’animateurs professionnels intervenant au domicile,
· 4.4/ professionnaliser les aides à domicile et les services concourant au maintien à domicile,
· 4.5/ promouvoir les métiers de l’aide à domicile,
· 4.6/ favoriser la création de nouveaux services concourant au maintien à domicile (accompagnement social, gardes itinérantes de nuit, transport accompagné, etc.),
· 4.7/ inciter au développement de dispositifs départementaux de répit pour les aidants familiaux :
o alternatives à l'hébergement (accueil de jour, accueil de jour itinérant, accueil de soirée, accueil de nuit, hébergement temporaire, « baluchonnage », etc.),
o formations, conseils, groupes de parole pour les familles,
· 4.8/ permettre la vigilance concernant la maltraitance des personnes âgées, au travers le développement d’antennes ALMA (Allo Maltraitance) départementales,

5) créer une réelle nouvelle (5ème) branche de la Sécurité sociale pour tous les âges :
· couvrant soins de base et tâches domestiques (les soins techniques et médicamenteux restant du domaine spécifique de l'Assurance maladie),
· à partir d'une réelle évaluation des soins (de base) et aides requis de la personne,
· avec un financement pérenne et équitable (de type Contribution Sociale Généralisée).

De plus, cinq thématiques devront être explorées, pour déboucher des actions concrètes :

1 quels nouveaux métiers en gérontologie pour répondre aux besoins émergents ?,
2 quelles nouvelles conceptions de l’habitat pour rester à domicile, au milieu de l’ensemble des générations ?,
3 comment développer une démarche de qualité (évaluation de la qualité, afin de la faire évoluer, le cas échéant) tant en en établissement de retraite que pour les services d’aide à domicile ?,
4 quelles réflexions pour répondre à la problématique du vieillissement des populations issues de l’immigration ?,
5 comment gérer le vieillissement des travailleurs les plus âgés ?

Enfin, pour accompagner le développement d’une réelle politique nationale gérontologique, la France devra respecter ses engagements internationaux, pris lors de la Conférence paneuropéenne de Berlin (septembre 2002) sur le Vieillissement, d’instituer d’une Conférence Interministérielle annuelle sur le Vieillissement, ce qui n’a toujours pas été fait…, l’Etat devant rester, malgré l’accroissement de la décentralisation pour les politiques gérontologiques, garant de l’équité entre les réponses apportées à deux citoyens ayant les mêmes besoins, les mêmes attentes, mais habitant des départements différents…

Jean-Michel Caudron-Callewaert le 31 mai 2008

Pour Jean-Michel Caudron-Callewaert et Grand Nord Avenir : b.huttner-cox@orange.fr

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