Marasme de l'économie française
Préambule: la reconnaissance de l'économie de marché comme base de création de richesse collective.
Cela suppose reconnaître une grande liberté et une grande autonomie des personnes, qui peut sembler aller à l'encontre de la justice sociale. Je ne le crois pas. Il faut que chacun trouve sa place dans cette société d'entreprises en compétition perpétuelle: chacun a sa compétence qu'il a à chercher et découvrir, que chacun gagne sa vie en fonction de ses besoins propres et non par rapport à ceux des autres. Il faut optimiser l'Etat, les entreprises et la place des individus.
Il faut surtout que les principes de cette économie de marché ne soient pas faussés dans les domaines où ils doivent s'appliquer, qu'il y ait une vraie concurrence devant amener une baisse des prix des produits et services. Il faut que dans la chaîne des intervenants pour amener ces produits ou services aux consommateurs, les revenus soient équitablement répartis.
il faut redéterminer quels sont les secteurs qui doivent sortir de cette économie de marché: l'école, la santé, la culture, la banque, ...
Il faut que la redistribution et le rôle de l'impôt, des cotisations sociales, soient réexpliqués dans un contexte où les individus sont plus individualistes car plus libres et plus responsables.
Comme tout est basé sur la compétition entre entreprises et individus qui la composent, il faut reconnaître que, pour une place donnée dans cette société, le travailleur plus performant soit mieux payé. Sinon c'est laisser la place à une démotivation généralisée.
Il faut reconnaître l'entrepreneur comme un chef de projet collectif (dont il a eu une initiative personnelle) et non plus comme l'exploiteur de pauvres salariés.
Les raisons de ce marasme:
a) Il n'y a pas de volonté politique forte, d'esprit d'équipe gouvernemental (je crois qu'à ce niveau, le gouvernement de L. Jospin avec sa volonté sur les 35h a fait exception, et cela a marché dans la confiance qui s'est établie en France à ce moment-là). Une fois élu, le gouvernement impose sans faire aucune pédagogie, sans donner de vision à long terme, sans expliquer les contreparties d'un sacrifice. Pour explication de leurs mauvais résultats, les gouvernements donnent un sentiment général en France que le marché fait la loi, que c'est la faute des autres, de l'extérieur, de l'UE (bouc émissaire idéal), le dollar, le pétrole, ... Dès qu'un bon résultat se présente, c'est eux bien sûr. Les français ne peuvent plus les croire !
b) La société dans quasi tous ses rouages est désoptimisée. Le choix des managers est fait sur des critères non transparents, par cooptation ou par piston. Le critère d'appartenance à un parti politique, à un syndicat, à quelques coteries, ou l'ambition personnelle priment sur les capacités et la preuve de l'aptitude à occuper le poste. Sinon, il est basé sur la capacité des personnes à communiquer, sur leur présentation, la plupart du temps en revendiquant les résultats des autres, jamais sur leurs résultats propres quantifiables. Ces personnes deviennent soit des lèche-bottes, soit des autocrates. La plupart des hiérarchies est à changer. Pour que ces mauvais choix puissent se faire et être assumés, les responsabilités, la définition des postes, les objectifs restent flous, de façon à pouvoir toujours justifier les résultats positivement. Enfin, ces hiérarques incompétents qui se co-optent restent en place longtemps. On en arrive à une société figée ou l'ascenseur social ne fonctionne plus. Les dés sont pratiquement complètement pipés dès la naissance. Celui qui n'a pas d'appui, qui ne sait pas ou ne veut pas aller baiser les pieds de tel ou tel, ne réussira pas. Des castes se créent, des destinées familiales, une sorte de nomenklatura connue que des sociétés figées non démocratiques. Il y a une régression, qui ne peut que conduire au desespoir de beaucoup, en particulier chez les français d'origine immigrée.
c) Dans les administrations et entreprises publiques au moins, mais c'est sûrement vrai dans les entreprises privées, les objectifs communs et les choix qui en découlent ne sont pas connus. Au contraire, sous le nouveau règne de la fameuse "rupture", il y a volonté de séparer le manager du collaborateur. Alors que l'on améliore constamment l'instruction des personnes, on cherche à les déresponsabiliser complètement. Le train-train et la démotivation sont omni-présents.
d) Il faut arrêter d'opposer salarié et actionnaire. Dans une société qui fonctionne, leurs rôles sont complémentaires: l'un apporte ses bras ou sa tête, l'autre un financement de base. Toujours pour une question de motivation, il est fortement souhaitable que le salarié soit actionnaire de son entreprise. Cela lui donne un pouvoir individuel ou collectif de participation à la direction. Il ne doit pas être tabou que l'action d'entreprise soit un moyen de placement à long terme de l'argent d'un salarié.
Quelles solutions ?
1) Une réorganisation des administrations et des entreprises publiques sous une forme simple, qui permette une mobilité importante des personnels. Il faut pour cela que l'équivalence des niveaux soit connue de tous et que la définition des postes et leur existence soient rendues publiques. Il faut arrêter avec le besoin de diplôme systématique, les concours, le jugement des personnes uniquement sur le diplôme de sortie de l'école, alors que rien ne vaut l'expérience acquise sur le terrain. L'expérience positive doit pouvoir se diffuser. L'expérience doit être vue comme un apprentissage permanent, l'école que comme une initiation. L'expérience doit rentrer le plus possible dans l'école au travers d'intervenants extérieurs. Pour changer encore plus drastiquement sa position dans la société, la formation doit être continue au cours de sa vie.
2) Un choix d'hommes compétents, intègres, libres et responsables, à l'écoute de leurs collaborateurs comme de leur hiérarchie. Le choix doit être fait à partir de critères connus, de façon transparente. Les raisons du choix ne doivent pas être contestables. La responsabilité consistant aussi à assumer et à réparer ses erreurs (je pense par exemple aux cas dramatiques de la Justice, à l'Etat au travers de ses juges, qui mettent parfois des innocents en prison et à qui leur est donnée une misérable compensation).
3) Un esprit d'équipe et des objectifs à long et court termes clairs. Cela va du niveau gouvernemental au niveau de la micro-entreprises. L'individualisme qui prévaut actuellement à tous niveaux est très néfaste. Au niveau scientifique, l'exemple des pôles de compétitivité est un bon exemple à suivre.
4) La formation en entreprise doit être systématisée. Le jugement unique des personnes sur leur diplôme d'école (du niveau le plus bas au niveau universitaire) doit évoluer vers l'intégration du cursus de travail. Il faut obliger toute entreprise autre qu'unipersonnelle à des stages de formation pour insérer les jeunes dans le monde du travail. La réestimation du travail manuel doit être mené par rapport aux activités purement intellectuelles (il ne s'agit pas de salaires mais de respect dans la société).
5) 2 nouveaux services de l'Etat à créer:
- un qui serve de banque de micro-crédit, d'assurance et de caution pour les personnes défavorisées.
- un pour la création des petites entreprises (une sorte de super-CCI): il assure le suivi de la gestion de ces mini-entreprises par des mises en commun, le développement à l'international des PME, la recherche des subventions dont le système doit être très simplifié, ...
6) 20% du capital de toute entreprise réservé aux salariés: au lieu de donner gratuitement des stock-options aux dirigeants, quel que soit d'ailleurs le résultat des entreprises, on en donnerait aux salariés pour les grandes entreprises. Pour les petites, l'achat de l'action se ferait au travers d'un petit retrait mensuel jusqu'à l'achat complet. Ces actions ne sont pas cessibles, sauf si le salarié part et elle n'est vendu qu'à un autre qui arrive ou partagé entre ceux qui restent.
Pour le personnel de l'administration, des actions collectives seraient acquises.
7) La rémunération des dirigeants d'entreprises doit être indexée par la loi sur le chiffre d'affaire, le résultat annuel et le nombre de salariés, avec une pondération supplémentaire pour les salariés français dans le cas d'entreprises internationales (pour favoriser la non-délocalisation)
8) La définition de 2 seuils (le SMIC et le RMI) par une commission d'économistes indépendants qui les revaloriseraient en fonction des performances globales du pays. L'objectif est que ces seuils ne varient pas par rapport à la richesse globale du pays. Une échelle de salaires en fonction de ses années d'activité serait produite pour servir de base aux discussions salariales. L'objectif est de ne pas avoir tous les salariés peu qualifiés au SMIC toute leur vie, et de n'avoir personne en France en dessous du seuil de pauvreté, retraité ou chômeur.
9) L'insertion dans la loi que toute entreprise bénéficiaire doit avoir obligation de reclassement de ses salariés ou payer 3 ans du dernier salaire.
10) La refonte de l'impôt pour qu'il soit simple, connu de tous. La suppression complète des effets de seuil (courbe continue), l'intégration de l'ISF dans un impôt sur le revenu revu, quite à aller jusqu'à 60 % des revenus dans le cas des grosses fortunes (celui qui touche 20 fois le SMIC doit pouvoir se débrouiller avec 8 SMIC). Il faudra prendre des mesures de rétorsion en cas d'émigration fiscale. La discussion du barême doit se faire dans la plus grande transparence pour être accepté de tous. Les revenus salariés, d'actions/obligations, mobiliers sont sur un pied d'égalité complète(cotisations sociales, ...).
11) Le consommateur doit pouvoir suivre la traçabilité du produit consommé, traçabilité géographique, technique, financière: pays d'origine, chaîne du froid par exemple, coûts (production, transport, grossistes, détaillant), respect de la législation du pays (travail des enfants, bois exotiques, ...). L'Etat doit se placer systématiquement du côté du consommateur. Un consommateur responsable et informé fera un choix du produit en connaissance: il pourra juger si le produit est "équitable". Les aspects écologiques, de concurrence internationale, de sécurité alimentaire se régleront d'eux-mêmes.
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Un peu trop d'angélisme
D'excellentes remarques mais une vision fausse de l'actionariat. Tout d'abord la majorité des entreprises ne sont pas côtées en Bourse et c'est tant mieux. Le capitalisme financier est en fait le principal ennemi du capitalisme d'entreprise (dans le sens capacité d'entreprendre) ; il pousse à la concentration (=suppression de la concurrence) à la recherche de la plus grande rentabilité dans le court terme (d'où fragilité du système) et la personne est ramenée à une valeur marchande. C'est peut être caricatural mais c'est en tout cas la réalité. Le Capitalisme est le premier responsable du désordre climatique, de la pollution et de l'asphysxie des pays du Sud.
Et ce n'est pas en donnant 20 % du Capital d'une entreprise aux salariés qu'on va changer les choses, 20 % ce n'est même pas une minorité de blocage ; il serait beaucoup plus judicieux d'instaurer la cogestion au sein du conseil d'administration, là les salariés auraient autant de poids que les actionnaires.
reponse a Raffin
Merci pour votre contribution.
Toutefois j'ai un grand mal a comprendre vos propos. Qu'entendez-vous par "capitalisme financier" et "capitalisme d'entreprise"?
Toute entreprise se finance par deux moyens: pret bancaire et vente de parts en Bourse. La finance fait toujours partie du capitalisme, qui est "financier" par definition. Et qu'est-ce que veut dire entreprendre si non realiser par l'emprunt (donc finance)?
reponse a philippe gaudon (II)
Philippe,
je remercie pour votre contre-reponse.
J'ai l'impression que vos cibles soient les entreprises beneficiaires qui licencient et ceux qui veulent une reduction des impots.
1) Comparons aux notres - vous dites - les services publics des autres pays. Prenez alors la Suede. Les services publics y sont largement meilleurs qu'en France. Et pourtant l'Impot sur les Societes (principale recette fiscale avec la TVA) est largement inferieure a la France. On a en France un gros probleme d'optimisation du service public, au bilan opaque, charge d'innombrables comites inutiles, des frais de grande puissance qu'on n'est plus, etc etc Une reduction importante des impots sur les societes est en France un imperatif tres urgent, si non le plus urgent.
2) Pourquoi Mittal licencie? Expliquez-moi une seule raison pour la quelle Mittal paierait en France une main d'oeuvre plus chere mais pas plus efficace qu'en Hongrie ou Bresil. Achetez-vous une voiture plus chere mais equivalente a une autre? Une maison identique mais deux fois plus chere? Du point de vue economique, c'est insense. Du point de vu moral, on paie la faute d'etre riche. L'ouvrier licencie de Mittal est toujours mieux servi et plus riche d'un nouvel embauche en Inde. On peut toujours punir les entreprises qui nous quittent: ce sera le meilleur moyen de ne pas en attirer de nouvelles.
Réponse à Habsb (2)
1) Je serai toujours favorable à une baisse des impôts, dès que les comptes publics redeviendront positifs. Pour le moment et depuis 30 ans, ce n'est pas le cas. D'autant plus que les baisses d'impôts promises (-30% sur l'IR par Chirac non tenue; transfert par Sarkozy de la baisse d'impôts des plus aisés vers une TIPP et TVA en augmentation de 18% sur 1 an qui touchent surtout pour les moins fortunés) ne sont jamais au rendez-vous.
2) Sur le premier point, bien que voyageant beaucoup, je ne suis pas capable de faire une comparaison. Sur quels critères se baser? Il est sûrement très possible d'améliorer le service public français. Mais avant tout, il faudrait comparer des périmètres comparables. Et avant de diminuer les effectifs, de l'Education Nationale par exemple, améliorer le transfert entre ministères et entre services départementaux, régionaux et nationaux. Je ne vois pas sur quel principe de base, un salarié du public travaille moins bien qu'un salarié du privé. C'est une question d'organisation et de motivation.
3) Heureusement qu'il y a une alternative à la délocalisation, c'est la qualification des salariés et la qualité des produits réalisés. C'est peut-être difficile dans la sidérurgie, bien qu'il y ait de nombreux nouveaux matériaux de haute technologie (spécialités de Gandrange d'ailleurs). Mais en ce qui concerne les voitures, je ne crois pas qu'une Tata ou une Dacia vale une voiture allemande 3 fois ou 10 fois plus chère. D'ailleurs les allemands avec leur excédent commercial nous prouvent depuis de nombreuses années le contraire.
reponse a philippe gaudon
2 nouveaux services de l'Etat à créer:
J'ai bien peur qu'il faille plutot individuer des services de l'Etat a supprimer, vu l'Etat des finances publiques...
6) 20% du capital de toute entreprise réservé aux salariés:
Et si les salaries n'en veulent pas? Et si les actionnaires ne veulent pas en vendre, ou en creer des nouvelles? Et pour les entreprises non cotees en Bourse?
7) La rémunération des dirigeants d'entreprises doit être indexée
Libre chaque Conseil d'Administration de payer comme bon lui semble ses salaries, dirigeants ou non. Et il le fera meme avec vos indexation, par le biais de compensation supplementaire de consulting base a l'etranger.
9) L'insertion dans la loi que toute entreprise bénéficiaire doit avoir obligation de reclassement de ses salariés ou payer 3 ans du dernier salaire.
Savez-vous, il est tres facile de comptabiliser tout benefice comme produit a l'etranger, et de montrer que des filiales francaises deficitaires.
10) La refonte de l'impôt pour qu'il soit simple, connu de tous. (celui qui touche 20 fois le SMIC doit pouvoir se débrouiller avec 8 SMIC).
Et pour quelle raison qui touche deja 8 SMIC devrait se decarcasser pour essayer de progresser, travailler plus pour gagner plus, du moment que les impots lui raflent la difference? Vous aurez des dentistes, des radiologues qui decident de travailler moins, aller jouer au golf le mercredi, qui licencient des assistantes, et encore plus d'executives qui nous quittent pour Londres ou NewYork...
reponse à Habsb
Sur le point 1: C'est par un reclassement de personnes d'autres services qu'il serait créé et non par une augmentation de la dette (qui est due d'ailleurs à la diminution des impôts qui semble être devenu le seul objectif de toute politique. Or non, l'impôt est normalement dû à l'Etat pour que les services fondamentaux soient partagés). On nous bassine depuis des années avec le nombre de fonctionnaires, mais il faudrait plutôt comparer avec les pays étrangers les périmètres des administrations et la qualité des services rendus.
Sur le point 6:
- le salarié serait dans l'obligation d'être actionnaire. Pourquoi ne le voudrait-il pas dans la mesure où il en aurait un retour financier ?
- si les actionnaires initiaux ne veulent pas vendre, on augmente le capital; ils seraient dans l'obligation de créer de nouvelles actions: là encore on ne voit pas leur intérêt dans le sens oùù c'est de l'argent supplémentaire qui leur est apporté,
- je pensais surtout aux entreprises non côtées. SA et SARL sont des sociétés à capital, dont 20 % seraient investis par les salariés
Sur le point 7: bien sûr, il existe des moyens de contourner toute loi. Vous comparez les PDG à des voyous, j'espère que la plupart ont un esprit citoyen
Sur le point 9: il s'agira de regarder les bénéfices au niveau global, y c l'étranger. Ex M. Mittal qui va licencier 550 personnes alors que l'entreprise fait des milliard de $ de bénéfices,
Sur le point 10: il s'agit d'un exemple de ce que donne 60% pour 20 Smics. Si on prenait 8 Smics à 60 %, il resterait encore 3,2 Smics, mais il est bien évident que ce taux ne serait maximum qu'à partir d'un certain niveau à définir.
- Ce que je propose de supprimer ce sont les effets de seuil
- Ce qu'il faut revoir avec les contribuables, c'est le sentiment négatif transmis depuis de nombreuses années dans la presse par pure idéologie que donner de l'argent à l'Etat, c'est donner à un puits sans fonds. Il faut un minimum de redistribution: car ceux qui se retrouvent dans la rue ne l'ont pas voulu et encore moins rêvé, et il vaut mieux payer des RMIs que d'avoir de nouveaux délinquants. La diminution de l'impôt n'est envisageable que quand les comptes seront à nouveau dans le vert.