PRIVE / PUBLIC: UNE OPPOSITION INDEPASSABLE?

PRIVE / PUBLIC, UNE OPPOSITION INDEPASSABLE?

Le vocabulaire et la théorie, comme toujours, ont ici une grande importance. Le débat récent au sein du PS sur le libéralisme (au sens économique, et dans l'acception qu'il a en France), a contribué à clarifier les choses.

Il est assez évident je pense pour la plupart des militants que le capitalisme, surtout depuis les années 80 avec le « consensus » de Washington et la chute de l'Empire soviétique, a pris le dessus sur toute autre théorie économique.

Nous, soutiens de Ségolène Royal et de son équipe, qui nous disons de gauche, parce qu'il faut bien rééquilibrer les choses ou empêcher un plus grand déséquilibre au profit du privé et au détriment du public, serions sans doute classés à droite sous un régime où, au contraire, la « pensée unique » tendrait, comme c'est le cas pour le marché aujourd'hui, à vouloir imposer toujours plus l'économie administrée.

Cela relativise les notions de droite et de gauche. Il y a en réalité ceux qui vont dans le sens du courant sans se poser de questions, parce qu'ils admirent la force et qu'ils ont peur des remises en question, et ceux qui résistent et qui se situent à l'avant-garde des réponses nouvelles à apporter aux dysfonctionnements de notre société, parce qu'ils ne perdent pas de vue la globalité de la situation nationale et mondiale.

Cela pose aussi la question de la délimitation entre le privé et le public. Sans doute cette distinction est-elle d'ailleurs trop simpliste: les deux peuvent travailler en partenariat, même si l'existence d'une « troisième voie » qui se définirait en relation avec ce schéma binaire n'a pas à ce jour été démontrée. Mais pour trouver comment construire une société nouvelle, parce que c'est de cela qu'il s'agit au regard des crises graves qui nous attendent si nous en restons à ce stade, il faut comprendre cette opposition, et la dépasser ensuite.

Il est assez attristant de constater les idées reçues qui prévalent dans chaque « camp » politique: les gens qui votent à droite ont une vision très limitée de la fonction publique, qui serait composée d'incapables et de fainéants, tandis que les militants de gauche diabolisent la figure des patrons et entrepreneurs, qui seraient tous des exploiteurs.

Le discours politique doit redonner à chacun sa place et sa légitimité. Le secteur public paie pour le discours dominant qui présente les fonctionnaires comme une charge financière, comme s'ils ne produisaient pas pour la société une valeur ajoutée incalculable (et incalculée!). Et au sein du secteur privé, la réputation des entreprises pâtit du comportement immoral des grands patrons qui utilisent l'impunité des systèmes financiers internationaux pour s'octroyer des rémunérations qui dépassent l'entendement, se mettant ainsi de fait en-dehors de la société, et pour manipuler les structures juridiques dans la plus grande opacité.

Ségolène Royal a eu raison de dire que le socialisme ne peut tendre vers le libéralisme, alors que précisément c'est le courant dans lequel nous sommes emportés actuellement. Mais si l'Etat doit assurer le bon fonctionnement des secteurs dont il a la charge complète ou partielle, ce qui est de moins en moins le cas aujourd'hui dans certains domaines (santé, éducation, justice, police, culture, énergie...), le but doit aussi être de mettre fin aux privilèges quasi féodaux qui existent dans le secteur privé, au même titre que dans le système soviétique il existait une nomenklatura privilégiée dans le secteur public.

La question des écarts de rémunérations est donc cruciale, comme l'est celle de la répartition des richesses. Si nous n'agissons pas, si nous ne proposons pas, si nous n'argumentons pas à propos de ces questions, rien ne changera. La droite va nous dire: « les patrons ont de grandes responsabilités ». Oui, et les hauts fonctionnaires ou ministres pas moins, pourtant leur rémunération n'a rien à voir et reste dans le domaine du raisonnable.

La pensée unique va nous répéter aussi cette antienne: « il faut créer les richesses avant de les répartir ». Certes, et nous sommes pour les aides aux entreprises qui investissent et qui embauchent, mais encore faudrait-il éviter (en le mesurant d'abord sans doute) les déperditions astronomiques qui sont dûes à la spéculation inconsidérée, à la fraude fiscale (évasion mais aussi paradis fiscaux, systèmes off-shore, montages financiers frauduleux), à l'absence de contrôle des citoyens (et d'abord des salariés) sur l'utilisation des fonds privés, à l'absence de réelle obligation de réparation des dégâts sur l'environnement, etc. Sans parler du fait déjà évoqué que le contexte permettant la création de richesses dépend pour une grande part de l'activité publique.

Si nous voulons construire une société où les citoyens coopèrent entre eux et où la distinction privé/public perdrait de son sens parce que l'action individuelle et collective irait dans la même direction, celle de l'intérêt général (qui est la base même de la République), nous devons comprendre et expliquer de façon pédagogique à nos concitoyens la situation actuelle, sans idéologie et sans faux-semblant.

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